Le point sur l’évaluation de la formation des enseignants

Mis à part le fait que, comme souvent, le Ministre n’a pas les moyens de sa réforme (500millions d’euros) , il initie une démarche intéressante: il commandite une vaste recherche qui lui servira à évaluer la formation actuelle des enseignants.
Des centaines d’acteurs ont été rencontrés par les chercheurs qui écrivent actuellement le rapport final de recherche. (http://www.enseignement.be/index.php?page=0&navi=3110). Les chercheurs pourront ainsi  mettre en évidence les convergences et divergences des discours et analyses de chaque participant.

Nos critiques

Le point faible de cette recherche est qu’elle tend à gommer les spécificités de chaque réseau, de chaque type d’enseignement (HE, université, ESA), établissement, lieu, …
A ce sujet, la FEF suit de près, les résultats de l’enquête menée par Elisa Groppi, étudiante en pédagogie, auprès  de jeunes enseignants autour de la question “les enseignants se sentent-ils préparés à leur métier en fin de formation?”

Par ailleurs, une première étude menée par la FEF, en mars 2011, auprès de plus de 500 étudiants instituteurs et régents avaient permis de mettre en évidence les principaux problèmes actuels de la formation: l’horaire est trop chargé et les coûts liés aux études sont trop importants. Les étudiants se sentent mal préparés à la réalité de la classe.

Selon une majorité d’étudiants, les avantages à allonger la formation seraient la revalorisation salariale et l’occasion de pouvoir pratiquer plus de stages.

Les étudiants seraient aussi favorables à un allègement horaire. Ce qui ressort également des statistiques est que les étudiants sont très concernés par le contenu des cours: ils souhaitent être mieux préparés à tous les types d’enseignement.

Ces résultats prouvent qu’il faut améliorer les contenus de la formation… Mais cela ne nécessite pas spécialement de l’allonger.

Selon la FEF, allonger la formation pour s’aligner sur les autres pays européens n’est pas un argument déterminant.  De plus, plusieurs études démontrent que l’enseignement de type long est moins accessible aux jeunes issus de classes sociales défavorisées. Nous craignons donc une sélection sociale si les études passent à 5 ans.

Une autre réserve porte sur ce que le Ministre fera des résultats de cette évaluation:

D’une part, la réforme des études est-elle faisable? Si la recherche met en évidence que la formation des enseignants doit être réformée, le Ministre décidera-t-il (enfin?) d’investir les moyens nécessaires à l’enseignement? … Et sera-t-il à même de payer des enseignants au barème Master?

D’autre part, cette grande consultation risque de n’être que poudre aux yeux: de nombreux  acteurs autour de la formation des enseignants (étudiants, formateurs, directeurs, enseignants en fonction, inspecteurs, syndicats, etc.) ont été consultés, ce qui signifie simplement “auditionnés”. Le ministre n’est en aucun cas obligé de suivre leurs avis, même s’ils sont majoritaires. Au final, la décision reviendra au Ministre et au gouvernement.

Notre questionnement

Face à une éventuelle réforme de la formation des enseignants, de nombreuses questions essentielles attendent une réponse: qui seront les formateurs? Où la formation aura-t-elle lieu, en Haute Ecole ou à l’Université? Les étudiants seront-ils bien encadrés? Pourra-t-on pratiquer plus de stages? Qui décidera des contenus d’une éventuelle nouvelle formation? Les cours seront-ils liées entre eux, cohérents? Les étudiants pourront-ils faire face à une augmentation des couts?

Il nous semble clair qu’il faut réformer la formation des enseignants pour mieux les préparer à la pratique, pour qu’ils puissent être à même de maitriser les matières à enseigner, les différents publics, la réalité de la classe. Et cela ne peut pas se faire sans les étudiants, les formateurs et les enseignants concernés.

Remerciements: Elisa Groppi.

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