Entre démocratie et démocratisation

Aujourd’hui, sur le site du journal L’Avenir, le recteur de l’ULg Bernard Rentier exprime sa vision de la démocratie dans l’enseignement supérieur, réfutant la comparaison entre l’université et un moulin. Selon lui, la réforme Marcourt est née d’une stratégie électorale et la FEF ne comprend pas le sens du mot « démocratie ». Alors reprenons depuis le début, avec prudence…

Pour la FEF, la liberté d’accès à l’enseignement supérieur est primordiale pour de nombreuses raisons. Il est indispensable que chacun, quelle que soit son origine sociale et culturelle, quels que soient ses moyens financiers puisse avoir accès, s’il le souhaite, à l’enseignement supérieur.  Alors lorsque Bernard Rentier estime qu’un test préalable à l’entrée à l’université serait démocratique, permettant de laisser moins de gens « sur le côté de la route », la FEF réagit.

Tout d’abord, le type d’études qu’un étudiant fait ne doit pas être déterminé par ses résultats à un test d’entrée, ses connaissances en fin de secondaires étant déjà évaluées par le CESS, mais bien par sa liberté de choix quant à son avenir notamment grâce à la mise en place d’un service public d’orientation. En effet, il n’existe actuellement pas de service regroupant de manière impartiale toutes les filières présentes dans l’enseignement supérieur. Le service public d’orientation que défend la FEF répondrait à ce manque de communication entre l’obligatoire et le supérieur. Et si l’enseignement secondaire belge est réputé pour être fortement inégalitaire, ce n’est pas à l’élève sortant d’en payer les pots cassés à l’entrée du supérieur.

Si « le but de ce test est d’aider le maximum d’étudiants à réussir », pour la FEF, même s’il est présenté comme une mesure d’aide à la réussite, ce test n’aura en fait comme unique conséquence que de cristalliser les inégalités du secondaire. Si l’objectif est d’aider l’étudiant à réussir, c’est aux établissements de mettre en place des mécanismes adaptés tels que la remédiation. Par ailleurs, selon Bernard Rentier, sans cette année propédeutique, les « éléments qui ont besoin de plus d’explications ou qui progressent moins vite, ralentissent ceux qui sont prêts et donc le niveau de l’ensemble baisse ». Si le choix du mot « élément » en parlant d’un étudiant est plus que déplacé de la part d’un recteur, les tendances pro-élitistes sous-jacentes au propos le sont encore plus. Pour la FEF,  l’enseignement supérieur doit être accessible à tous et non réservé à une élite. La mise en place d’outils pédagogiques complémentaires permettrait à ceux qui en ont besoin de se remettre à niveau sans « ralentir » les autres étudiants.

Enfin, la FEF revient sur la suggestion magnanime du recteur, en proposant « pourquoi pas, une bourse » pour suivre cette année propédeutique. Or qui dit année supplémentaire, dit frais supplémentaires. Le recteur de l’ULg ne semble pas conscient des frais engendrés, directement ou indirectement, par une année d’études supérieures. Frais qui constituent une des principales barrières à l’enseignement supérieur.

Si Bernard Rentier souhaite remettre en question la démocratisation de l’enseignement supérieur, la FEF ne peut que le rejoindre sur ce point. Mais rien ne justifie l’interdiction de se former sur base de critères culturels et sociaux, ou de sélection financière. Instaurer un service d’aide à la réussite de qualité et un service public d’orientation sont pour la FEF une bien meilleure manière de diminuer le taux d’échec et de rendre véritablement démocratique l’enseignement supérieur.