Refinancer l’enseignement supérieur, c’est possible! La porte est ouverte…

Il faut refinancer l’enseignement supérieur et c’est possible. C’est la position de trois professeurs de l’UCL qui proposent dans une carte blanche⅟ de résoudre le manque de financement de l’enseignement. Mais s’il faut se réjouir de l’objectif du projet, les moyens proposés pour y arriver sont à revoir.

Plus que jamais sujet d’actualité, la question du financement de l’enseignement supérieur sera le premier point à l’ordre du jour de la prochaine législature. On le sait, l’état actuel du financement de l’enseignement supérieur ne permet pas d’avoir un enseignement de qualité pour tous en FWB. Comme le dénoncent tous les acteurs de l’enseignement supérieur, il est donc indispensable de refinancer publiquement l’enseignement supérieur à hauteur de ses besoins. Il est temps que les responsables politiques prennent ce dossier en main, en voyant l’enseignement non pas comme une dépense mais comme un investissement dans la société, qui rapporte sur le long terme.²

Une des causes du problème? La forte diminution du financement par étudiant ces dernières années et le manque de solution apportée par le gouvernement. Le calcul est pourtant simple: le nombre d’étudiants augmente mais les moyens accordés stagnent.³

Pendant que certains font donc l’autruche face à cet obstacle, trois professeurs de l’UCL ont réfléchi à une solution: réorienter l’argent public au financement du coût des études. En bref, ils proposent d’augmenter les frais d’inscription mais, en parallèle, faire en sorte que la Fédération Wallonie-Bruxelles couvre toute ou une partie du coût des études par une augmentation des allocations familiales pour les étudiants de 18 à 25 ans inscrits dans l’enseignement supérieur. Une proposition présentée comme neutre puisque le coût de l’augmentation du minerval pourrait être supporté par les familles grâce à l’augmentation des allocations familiales.

Même si cette piste peut être intéressante à explorer, la FEF rappelle son opposition à toute augmentation des frais d’inscription et désire ajouter quelques précisions importantes. Tout d’abord, l’augmentation des allocations familiales est un premier pas qui doit nécessairement passer par la réforme de celles-ci. En effet, jusqu’à présent, seuls les étudiants de moins de 25 ans en bénéficient. Or, pour les longs cursus qu’amènent certains typent d’études, les étudiants ont plus de 25 ans et de nombreuses difficultés à s’en sortir sans les allocations familiales. C’est également le cas pour l’ensemble des adultes qui décident de reprendre des études. De plus, les allocations étant versées aux parents, ne vaudrait-il pas mieux les verser aux étudiants afin qu’ils puissent subvenir directement à leurs besoins dans le cadre de leurs études?

Ensuite, sous la législature précédente, la majoration des allocations a diminué, laissant de nombreuses familles dans une situation précaire. Qui nous dit donc que l’allocation familiale majorée sera utilisée pour compenser l’augmentation du minerval? En cas de crise, elle sera surtout utilisée afin de permettre aux familles de garder la tête hors de l’eau. Enfin, si la FEF souhaite également une augmentation des allocations familiales, elle demande surtout la diminution du coût global des études dont l’objectif direct serait de réellement démocratiser l’accès à l’enseignement supérieur.

Car il est important de rappeler, ce sont principalement les coûts indirects des études qui font monter la facture. Il faut donc réduire  l’ensemble de ces coûts en développant des politiques adaptées, notamment au niveau des logements et des transports. De ce fait, il est incorrect de considérer qu’une éventuelle augmentation du minerval compensée par une augmentation des allocations serait un coût nul.

Un second aspect abordé dans la carte blanche est le nombre d’étudiants étrangers actuellement inscrits dans l’enseignement supérieur belge. À ce sujet, les trois professeurs de l’UCL proposent de réserver l’augmentation des allocations mentionnée ci-dessus aux étudiants étrangers dont les familles sont résidentes en Belgique ou ont un lien avec notre pays par le travail. Si certains voient l’enseignement supérieur belge comme un moulin ouvert au monde entier, il est important de rappeler l’impact positif des échanges internationaux. De plus, le décret non-résident vient déjà réguler l’accès des étudiants ne résidant pas en Belgique dans plusieurs filières médicales.

Le débat reste donc ouvert, sans réelle solution. Certes, la carte blanche des professeurs de l’UCL ouvre une porte vers le refinancement de l’enseignement supérieur. Mais pour la FEF, l’augmentation du minerval aux frais des parents ou des étudiants, belges ou étrangers, n’est pas une solution pour amener directement à un enseignement supérieur de qualité accessible à tous, public et gratuit.

 

⅟« Refinancer l’enseignement supérieur, c’est possible » La Libre – 11/06/14

² Selon l’OCDE, 1€ investi publiquement dans l’enseignement supérieur rapporte 4€ à l’état par le biais des impôts.

³ Toujours selon l’OCDE, en 40 ans le financement par étudiant a été divisé par deux.

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