Études vétérinaires: Abattage à l’entrée?

Depuis quelques semaines, l’ambiance est fébrile – voire explosive – dans les facultés de vétérinaires. Un vieux problème a été déterré et des volontés de sélection à l’entrée se font entendre. Quelle est la situation actuelle? Et quelles sont les propositions des étudiants? Un dossier signé par la FEF, l’AGL et le BDE-Sciences, le BEA, le BEM et l’AGE.

 

Le problème des études vétérinaires en Belgique francophone

Si de nombreuses facultés organisent un baccalauréat en médecine vétérinaire, seule l’ULg dispose des infrastructures nécessaires (une clinique vétérinaire universitaire) pour former les médecins vétérinaires en master. La première CVU (clinique vétérinaire universitaire) implantée en Belgique francophone se situait à Cureghem, une localité d’Anderlecht. Sa situation centrale par rapport au territoire belge était un atout pour l’acheminement des animaux en provenance des différentes régions du pays. En 1991, la CVU déménage d’Anderlecht vers Liège[1], diminuant ainsi de facto la proximité géographique entre la clinique et de nombreux bassins d’animaux.

Depuis et de façon récurrente, la faculté de médecine vétérinaire (FMV) de Liège sort dans la presse pour témoigner d’un réel problème d’encadrement et d’infrastructures et pour proposer une sélection comme solution. Pourquoi? Parce que l’ULg est liée à un organisme privé européen, l’AEEEV (Association des établissements d’enseignement en vétérinaire)[2]. Cet organisme délivre des certificats de qualité aux différentes facultés organisant la médecine vétérinaire dans l’Union européenne.[3] Certificat que l’ULg ne veut pas perdre.

Et depuis 1996, l’enseignement supérieur est financé par une enveloppe fermée : le même montant (petit à petit désindexé) est alloué chaque année quelle que soit la variation des étudiants. Les établissements doivent donc faire sans cesse plus avec moins d’argent, l’encadrement et les infrastructures manquent de plus en plus. Enfin, en master particulièrement, il faut disposer d’assez d’animaux pour les exercices pratiques… Et depuis le déménagement en 1991, leur nombre a chuté.

 

La stratégie des doyens et présidents d’écoles vétérinaires

En 2015, profitant de la brèche ouverte par les négociations relatives à la saga des INAMI, les doyens et présidents d’écoles vétérinaires sont sortis dans la presse pour demander un concours, sans avoir consulté les organes censées prendre ces positions (conseils facultaires, conseils académiques) et en écartant volontairement les premiers concernés : les étudiants. La proposition des doyens consiste donc en la mise en place d’une double sélection drastique : un concours en fin de BAC1 (ou en fin de BAC3 ou en début de BAC1) qui barrerait l’accès à la suite de leurs études à ⅔ des étudiants et un renforcement du quota d’étudiants non-résidents (passer de 30 à 20% d’étudiants à l’entrée des études).[4]

 

Les réactions des étudiants

Les représentants étudiants des universités affiliées à la FEF ont tout de suite réagi dans le sens inverse des doyens : ils ont mis en marche la démocratie étudiante et organisé des assemblées générales pour permettre aux étudiants vétérinaires de se positionner. Toutes les assemblées générales se sont conclues par la même position : les étudiants vétérinaires de l’ULB, l’UNamur et l’UCL refusent massivement toute forme de sélection à l’entrée et demandent un refinancement de l’enseignement supérieur.

Pourquoi? Tout d’abord, parce que sélectionner à l’entrée est une mesure anti-sociale. Les sélections à l’entrée évaluent les compétences et connaissances acquises en secondaire. Or, l’enseignement secondaire belge francophone est l’un des plus inégalitaires de l’OCDE et la qualité de l’école est très fort corrélée à l’origine sociale de ses élèves. Mettre en place une sélection à l’entrée, c’est donc barrer l’accès aux étudiants des écoles défavorisées, ceux qui viennent d’un milieu social défavorisé.

Ensuite, sélectionner à l’entrée est une mesure inefficace et anti-pédagogique. Comme on évalue les connaissances et compétences acquises dans le secondaire, on ne sait pas préjuger des aptitudes futures des étudiants mais de leur seul niveau de préparation (qui dépend plus de l’école d’origine que de l’étudiant individuellement). De nombreux étudiants se verraient barrer l’accès à leur projet de vie, alors qu’ils auraient pourtant toutes les aptitudes leur permettant de réussir.

Enfin, si une augmentation des étudiants conduit à rendre plus difficile l’accès au métier en Belgique, on a pu démontrer que sélectionner à l’entrée ne permettrait pas de distinguer les meilleurs des moins bons. Et surtout, attachés au libre accès aux études, nous voulons que chacun puisse démarrer son projet de vie, en connaissant les informations par rapport à ce projet (notamment le taux d’emploi) et en prenant de façon responsable et autonome des décisions face à ces informations. La planification des études, tentée en médecine humaine pour corréler le nombre d’étudiants à la demande en termes d’emploi, s’est avérée un cuisant échec et a abouti sur une grave pénurie de médecins mettant en danger la qualité des soins de santé.

Si l’on reconnait l’existence du problème, les données sont bien trop floues pour pouvoir accepter d’office une sélection surtout que des alternatives existent et nous voulons les développer.

 

Pourquoi la Faculté de médecine vétérinaire de l’ULg veut le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière

En fait, le beurre, la FMV l’a déjà obtenu. En 2014, le Ministre Marcourt a débloqué un financement extraordinaire de 24 millions d’euros.[5] Ce budget permettra d’agrandir et rénover la CVU d’ici 2018. Les explications données pour justifier ce financement (un privilège, dans un contexte de crise et d’austérité!) sont les suivants: rénover la CVU pour respecter les critères de qualité de l’AEEEV, adapter les infrastructures pour qu’elles puissent fournir aux 500 étudiants de master un cursus de qualité et adapter les infrastructures pour leur permettre d’accueillir mieux et plus d’étudiants.[6] Tiens donc?! Les mêmes objectifs que ceux qui justifiaient l’investissement de 2014… Une grande partie du problème actuel serait donc réglée pour 2018 mais la FMV veut quand même empêcher à ⅔ des étudiants vétérinaires de poursuivre leurs études? Cette information crée la suspicion chez les étudiants, qui craignent d’être instrumentalisés.

 

Quelles alternatives sont-elles prônées par les étudiants?

–       Clarifier le rôle de l’AEEEV. C’est normalement le rôle de la Communauté française et de l’ARES d’accréditer les formations et celui du processus de Bologne de reconnaitre l’équivalence européenne des diplômes.

–       Régler le problème de l’encadrement des étudiants par un refinancement public de notre éducation. En 2014, suite à des années de luttes des étudiants, Marcourt s’est engagé à un refinancement à hauteur de 107,5 millions d’euros pour 2019.  Cette promesse doit être respectée.

–       La CVU a déménagé à Liège – l’excentrant ainsi des bassins d’animaux – pour des raisons liées… aux réseaux d’enseignement, l’ULg étant la seule université publique. Donc, pour des raisons historiques qui n’ont plus aucune réalité concrète depuis de nombreuses années, on a diminué la qualité de notre enseignement. Et aujourd’hui, certains veulent en faire porter la responsabilité sur les étudiants…

Concrètement, des solutions doivent être trouvées face à ce besoin en animaux et l’éventuelle construction d’une autre CVU proche d’autres bassins ne se fera sans doute pas rapidement. Heureusement, l’agrandissement de la CVU qui se terminera en 2018 permettra aussi d’accueillir plus d’animaux[7]. Une autre piste serait d’analyser la législation relative pour voir s’il n’est pas possible de faciliter leur acheminement. Le dossier commence seulement à se constituer et déjà, ce qu’on présentait comme des problèmes sans alternatives sont déconstruits et des débuts de solutions se créent.

C’est en réfléchissant ensemble et de façon sereine qu’une solution pourra être trouvée pour tous les étudiants. Ce qui nécessite avant tout le respect de la démocratie étudiante et une place égale accordée à l’avis de tous. L’existence de problèmes d’encadrement et d’infrastructures ne justifie pas qu’on sacrifie des étudiants et l’accessibilité de notre éducation. Les solutions que nous prônons se veulent prises dans l’intérêt commun, pour assurer un enseignement de qualité pour tous.

 

 Les étudiants ont voté contre la sélection en vété, lors d’une assemblée générale.


[1] https://www.ulg.ac.be/upload/docs/application/pdf/2011-10/vt175-dossierpresse.pdf

[2] http://www.eaeve.org/about-eaeve/mission-and-objectives.html

[3] http://www.eaeve.org/fileadmin/downloads/sop/ANNEX_I_Suppl_A__2014_Apr.pdf

[4] http://www.lavenir.net/cnt/DMF20150421_00636320?utm_source=facebook&utm_medium=socialVV&utm_content=article&utm_campaign=seeding

[5] http://www.lalibre.be/actu/belgique/marcourt-gate-la-clinique-veterinaire-de-l-ulg-52bd03cd35701baedaaa1ed5

[6] http://archive.pfwb.be/1000000010b20b6
https://www.ulg.ac.be/cms/c_3898931/fr/24-millions-deuros-investis-a-la-faculte-de-medecine-veterinaire-de-lulg

 

[7] https://www.ulg.ac.be/cms/c_3898931/fr/24-millions-deuros-investis-a-la-faculte-de-medecine-veterinaire-de-lulg

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