Décret Paysage – Le verre à moitié vide ou à moitié plein?

Début juin 2015, sous un soleil presqu’estival, les étudiants croulent sous le poids des syllabus et tentent tant bien que mal de résister à la tentation du grand air et du petit verre en terrasse. Un mois de juin comme les autres? Que nenni! Celui-ci marque la fin de la 1ère année académique témoin de l’application du décret Paysage, dit aussi décret Marcourt. Un vaste programme qui touche à l’organisation des études mais aussi aux structures de collaboration des établissements. Alors, franc succès ou gros flop? Ni l’un ni l’autre! Mais bien un bilan mitigé qui permet à ses plus grands détracteurs de voir le verre à moitié vide et à ses auteurs de le voir à moitié plein!

  • La réforme des structures de l’enseignement supérieur:

La première partie du décret concerne le paysage de l’enseignement supérieur en tant que tel. Pour rappel, elle établit une nouvelle superstructure – l’Académie de Recherche et d’Enseignement Supérieur ou ARES – qui rassemble tous les établissements de tous les types d’enseignement de tous les réseaux d’enseignement supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles! L’objectif ? Faire travailler main dans la main tous les acteurs de l’enseignement supérieur pour améliorer celui-ci. Autre nouveauté, les cinq pôles académiques (Bruxelles, Brabant-Wallon, Namur, Liège-Luxembourg et le Hainaut) avec des compétences incitant les collaborations au niveau local. Enfin, il faut rajouter à tout cela les Zones Académiques Interpôles (se prononce « Zai! » avec un petit mouvement de  kung fu et un air combattif), qui n’ont, au final, quasiment aucune compétence…

Lancée depuis un an et demi, l’ARES, tel un moteur diesel mal rôdé, a connu un démarrage particulièrement laborieux. Tous ses organes sont aujourd’hui opérationnels, il y a un président, un administrateur, du personnel, des locaux, et même avec un petit bonus de financement suite au dernier ajustement budgétaire. Quelques échos médiatiques dissonants ont semé le trouble dans cette belle assemblée fraternelle mais les rouages se mettent en place et surtout, les acteurs se rencontrent et se parlent. Le prochain stade, celui de l’écoute, se rapproche.

Les pôles académiques, dont la structure place quand même largement les universités en leader de la dynamique locale, sont à l’heure actuelle tous bien en marche. Passés la phase pénible de l’administratif à rallonge, ces derniers se penchent maintenant sur des questions plus concrètes. On peut d’ores et déjà saluer l’augmentation du nombre d’espaces d’étude mis en place par le pôle liégeois, à la demande des représentants étudiants siégeant ainsi que l’intéressante réflexion sur le logement étudiant qui est en place à Bruxelles. Les Zai, quant à elles, restent lettres mortes, sans grande surprise!

  • La réforme de l’organisation des études

La seconde partie du texte est bien plus importante pour les principaux concernés par l’enseignement supérieur: les étudiants. Le décret Paysage prend en effet la suite de la Réforme de Bologne pour avancer vers la flexibilisation des parcours étudiants et la modularisation de l’enseignement supérieur. Plutôt positif, dirons certains! Pas toujours, quand on voit le revers de la médaille…

En effet, en dépit de ce que certains étudiants peuvent penser suite aux échos médiatiques, la suppression du critère de moyenne à 12/20 ne constitue pas le principal changement engendré par cette réforme. Celui-ci n’est que la pointe de l’iceberg que constituent la déconstruction de l’année d’études et la réorganisation des programmes en unités d’enseignement. Depuis plusieurs mois maintenant le service juridique de la FEF est pris d’assaut par des étudiants désireux de comprendre les implications de ces changements, trop peu relayés et au sujet desquels lesquels les établissements eux-mêmes ont parfois du mal à voir clair.

Commençons par le plus simple: le 10/20. Celui-ci constitue maintenant la note nécessaire à obtenir pour que des ECTS soient considérés comme acquis. Cela veut-il dire que les plus perfectionnistes d’entre nous ne peuvent désormais plus représenter un examen pour un cours pour lequel un 10/20 semble insuffisant? Le texte ne le précise pas. Cela implique-t-il qu’on ne pourra plus passer dans l’année supérieure avec un petit coup de main du jury? Attention, le jury reste souverain, mais il n’y a plus d’année d’études sauf pour les BAC1 !

Comment ça plus d’année d’études?!  Eh oui, les établissements essaient de s’y préparer depuis plusieurs mois sans pouvoir éviter le désordre administratif que l’application de ces articles engendrera pour les autres années d’études que la 1ère BAC. Concrètement, les étudiants seront amenés à choisir « à la carte » les activités d’apprentissage qu’ils souhaitent présenter pendant une année académique, afin de se constituer un total de 60 ECTS. Une flexibilisation qui amènera un étudiant à ne plus partager ses cours avec un même groupe d’étudiants et placera le professeur face à un public disparate n’ayant pas les mêmes cours, ni les mêmes connaissances. Malgré les éminentes qualités pédagogiques de nos enseignants, on peut craindre un certain chaos dans les auditoires surtout si le groupe d’étudiants est important.

Autre élément largement passé sous silence, mais ô combien lourd de conséquence pour les étudiants: la réorganisation des cours en « unités d’enseignement » regroupant des « activités d’apprentissage ». Autrement dit, des cours auparavant distincts les uns des autres constituent maintenant un seul et même bloc qu’il est nécessaire de réussir dans son ensemble. Et si on réussit une partie des unités d’apprentissage (entendez « cours »), doit-on tout repasser ou seulement la partie où l’on a échoué? Ah ça, cela dépend de l’interprétation que l’établissement donne au décret! Un point qui déchaine les passions chez les étudiants, une fois qu’ils sont informés de cet élément (c’est-à-dire, malheureusement trop souvent à l’échéance d’une session d’examens).

Enfin, le décret Paysage a lancé une nouvelle structure de recours chargée de recevoir les plaintes d’étudiants après épuisement des voies de recours internes à un établissement. La CEPERI, ou Commission d’Examen des Plaintes des Étudiants Relatives à l’Inscription, a fait couler beaucoup d’encres et de larmes. D’encre, parce que cette dernière s’est retrouvée noyée sous les recours sans aucune méthode d’examen, avec des effectifs juridiques plus que réduits et sans pouvoir matériellement traiter ces derniers dans les délais, puisqu’elle a elle-même été instaurée après les délais de recours. Beaucoup de larmes, parce que ces déboires internes ont amené des étudiants à apprendre par leur service d’inscription que leur recours avait été refusé par la CEPERI. Des problèmes qui ont été relayés activement par le Président de la Commission et qui, nous l’espérons tous, seront entendus dans les prochaines semaines…

Pourquoi dans les prochaines semaines? Parce qu’un décret dit « Fourre-tout » a été déposé au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Dans ce dernier, de nombreuses modifications du décret Paysage, résultat des retours réguliers que les établissements et la FEF ont relayés au Cabinet Marcourt pour rectifier les coquilles et les aberrations qui se sont révélées progressivement au cours de cette belle année académique. Un travail fastidieux et demandant une attention de chaque instant et qui n’est pas encore terminé ! To be continued…

 


 

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