Pour un enseignement accessible…en transports publics

Depuis plusieurs années, la FEF affiche dans le débat public, au moment des élections notamment, sa volonté de voir instaurer un titre de transport étudiant unique à prix coûtant et donc proche de la gratuité. Mais pourquoi cette position?

Cette revendication s’inscrit dans la volonté de la Fédération des Étudiants Francophones d’améliorer l’accessibilité de l’enseignement supérieur. Car les transports en commun représentent une part importante de ce que l’on a coutume d’appeler les « coûts indirects des études ». Ces coûts indirects sont les coûts non-liés à l’inscription en tant que telle, mais plutôt aux autres dépenses nécessaires pour pouvoir étudier dans des conditions correctes. On pense donc au logement, aux supports de cours,… et à la mobilité.

En 2011, la FEF a réalisé une étude qui chiffrait le coût total d’une année d’études, comprenant les coûts directs et indirects, à près de 10.000 €.[1] Le coût estimé pour les frais de transport était alors de 245 €. Depuis, les tarifs en la matière n’ont fait qu’augmenter. Par exemple,  l’abonnement 1 ou 2 zones en Wallonie coûte aujourd’hui jusqu’à 312 €. Pire, la réforme de 2014 a remis en cause un acquis pour les étudiants, à savoir la réduction de 50% de ce prix qui leur était accordée. Cette mesure basée à l’époque sur le statut de l’étudiant, est maintenant offerte sur base d’un critère d’âge, les 12-24 ans.  Exit donc, le bénéfice de cette réduction dès 25 ans, moment où les étudiants encore dans le supérieur perdent simultanément leurs allocations familiales.

Cette situation est un bel exemple de l’opportunité de créer un réel statut étudiant.  Concrètement, il serait bien plus intéressant et efficace de se baser sur le statut d’un individu pour l’établissement des réductions, afin de cibler les avantages. Dans le système actuel, un jeune qui travaille depuis ses 20 ans, se déplace avec son véhicule personnel et touche un salaire pourra bénéficier de la réduction alors qu’il ne s’agit pas vraiment du public ciblé par la réduction initiale.

Un ticket unique à prix coûtant permettrait une meilleure accessibilité à tous les étudiants, des économies en termes de traitement administratif, de contrôle, mais également d’inciter plus d’étudiants à limiter leur empreinte carbone en préférant laisser la voiture au parking (ou au concessionnaire).

Investir dans l’enseignement, ce n’est évidemment pas seulement en financer les infrastructures et la qualité, mais aussi le rendre accessible à tous!

Au niveau du coût, qui est souvent le frein le plus visible à l’utilisation des transports en commun, on voit donc bien que la dynamique en marche n’est pas favorable aux étudiants.  Mais, de manière plus générale, on voit se développer un mouvement, tant à la SNCB avec la fermeture des guichets qu’au sein des TEC en Wallonie avec la suppression pure et simple de lignes ou la diminution de leur desserte. À titre d’exemple, en 2013, plusieurs lignes ont ainsi été simplement supprimées en application d’un plan d’économies, ciblant des zones plus rurales. Précisément celles où l’accessibilité des services collectifs fait déjà souvent défaut. Et où la voiture est parfois devenue la seule possibilité de déplacement.

Les derniers échos ne sont pas de nature à rassurer les étudiants! L’idée de flexibiliser les tarifs des chemins de fer, un peu comme cela se fait en Angleterre, de revenir sur certains avantages tarifaires (carte campus? go pass?) ou de supprimer encore des points de vente, sont autant de propositions qui pourraient potentiellement encore limiter l’accessibilité de l’enseignement supérieur pour de nombreux étudiants.

À chaque élection, la FEF observe une foi unanime des partis politiques en l’éducation comme levier de redressement économique, de création d’emplois et de savoirs utiles. Dommage de voir que dans le domaine des transports comme dans le financement de nos établissements, les mots sont bien souvent plus forts que les actes…

 


[1] http://www.fef.be/2011/12/cout-et-qualite-des-etudes-superieures-lenquete-de-la-fef-2011/

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