Unités d’enseignement, comment en est-on arrivé là?

Depuis plusieurs semaines, les secondes sessions des étudiants reviennent épisodiquement sur le devant de la scène. Pourquoi ? Parce que devoir repasser 7 examens en en ayant raté 2 ou 21 en en ayant raté 8, la pilule est dure à avaler pour ces étudiants stressés. Mais comment en est-on arrivé là? Et pourquoi? Retour sur les épisodes de ces derniers mois…

Depuis l’adoption du décret le 7 novembre 2013, la Fédération des Étudiant(e)s Francophones sait que ce vote n’est que le début de l’aventure. En effet, outre les couacs inévitables dans la mise en place d’une réforme d’une telle ampleur, la FEF dénonce déjà avant le passage au Parlement les coquilles et les formules abracadabrantes que contient le décret. Et qui ne manqueront pas de donner lieu à toutes sortes de conséquences et prises de tête.

Dès la rentrée académique 2014, les craintes des étudiants commencent à se confirmer. Le passage à 10/20, la réorganisation des cours en unités d’enseignement, le lancement des pôles académiques, tout se lance doucement mais rien ne se passe facilement. Les étudiants reçoivent des informations contradictoires, les établissements ne voient pas clair sur un tas de choses et aucune initiative de communication ne part du Cabinet pour clarifier le contenu du décret Paysage et en assurer la bonne mise en place.

Cette mission, nous a-t-on plusieurs fois répondu, relève de la compétence des commissaires du gouvernement, qui doivent s’assurer de la bonne gestion des établissements, particulièrement en temps de réforme. Sauf que, élections de mai 2014 obligent, ces mêmes commissaires ont joué pendant presque un an à la chaise musicale. Après chaque élection, il s’agit en effet de se répartir les places au sein de la majorité et de nommer les bonnes personnes aux bons postes. L’accouchement fut cette fois difficile et on se trouve encore maintenant avec des commissaires du gouvernement surchargés car trop peu nombreux. Difficile d’améliorer la situation dans de telles conditions…

Mais revenons au sujet qui nous occupe! Dès le rentrée 2014, le Conseil Fédéral de la FEF – organe souverain rassemblant des représentants de tous les établissements affiliés à la FEF – a mis en place le GT Paysage 2.0. Sous cette appellation mystérieuse, un groupe de travail avec comme sujet le décret Paysage et plus spécifiquement sa mise en place concrète dans les établissements. Avec comme ambition de relever, tout au long de l’année et dans chaque établissement, les problèmes rencontrés par les étudiants. L’objectif? Être prêt dès le début de négociations du décret amendant celui du 7 novembre 2013.

C’est là qu’apparut pour la première fois la question des évaluations des unités d’enseignement et des activités d’apprentissage qui la composent. L’évaluation de ces unités d’enseignement est prévue à l’article 76 du décret Paysage, les unités d’enseignement «peuvent faire l’objet d’une évaluation et d’une valorisation en termes de crédits». Jusqu’ici, tout va bien.

Maintenant, prenons un cas pratique. Je suis étudiante en 2e bachelier infirmier et, lors de ma session de juin, je rate 6 examens. Recevant mon formulaire d’inscription pour la seconde session, je vois que je suis invitée à représenter 18 examens! 18 examens en une session?! C’est énorme! Et pourquoi? Je n’en ai raté que 6! Je contacte alors mon secrétariat, pleine de bonne volonté, pour leur signaler leur erreur et rectifier le formulaire. Et là, le choc. Je reçois un mail fort cordial: « Chère Mademoiselle, nous avons bien reçu votre courriel mais ne pouvons donner suite à votre demande. En effet, en vertu de l’article 76 du décret du 7 novembre 2013, vous devez représenter tous les examens des unités d’enseignement pour lesquelles vous n’avez pas acquis l’ensemble des crédits requis ». Donc, le fameux décret Paysage dont on a tant parlé pour le nivellement par le bas, m’oblige à repasser des examens que j’ai déjà réussi?!

Et ce cas est loin d’être isolé. Plusieurs établissements appliquent cette interprétation du décret et mettent donc leurs étudiants dans une situation kafkaïenne: ils ont réussi la plupart de leurs examens mais doivent quand même les repasser. Où est la pédagogie? La dynamique de réussite si importante pour la motivation? La valorisation du travail accompli?

Maintenant que le problème est éclairci, que faire? De quels moyens d’actions disposons-nous, étudiants, pour nous faire entendre?

La FEF est l’interlocuteur du Ministre en ce qui concerne les préoccupations étudiantes. Et en vertu du décret Participation, la FEF est amenée à rencontrer le Cabinet Marcourt pour discuter du projet de décret sorti peu de temps après les vacances de Pâques: le décret fourre-tout – qui modifiera entre autres le décret paysage. Et la FEF avait demandé un certain nombre de modifications!

Soucieux d’être constructifs et de jouer leur rôle de porte-voix des étudiants, les membres de la FEF s’attelèrent avec encore plus d’enthousiasme au recueil des avis des étudiants. Le 16 mars, après un travail laborieux pour recueillir auprès des Conseils Étudiants les derniers couacs causés par le décret Paysage, trois membres de la FEF se sont rendus au Cabinet du Ministre pour lui faire part de différents problèmes et inviter le Ministre à modifier son décret pour y ajouter les retours de la réalité des étudiants.

Comme à chaque fois, certaines choses furent entendues, d’autres non. Parmi les problèmes auxquels le Cabinet fit la sourde oreille, celui qui nous occupe aujourd’hui: l’évaluation des unités d’enseignement.

Qu’à cela ne tienne, nous essayerons autrement! La FEF s’est donc adressée à ses contacts parlementaires pour leur faire part du problème. Les rencontres s’enchainèrent, les discussions aussi. Pas facile au sein d’un Parlement de saisir le problème et les enjeux locaux. Mais tous étaient désireux de connaitre le dossier pour préparer au mieux la Commission enseignement du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cet organe rassemble des représentants des différents groupes parlementaires qui veulent débattre et soumettre des amendements au texte que le Ministre propose. Un beau créneau pour la FEF pour relayer les problèmes pointés par les étudiants auxquels le Cabinet a fait la sourde oreille.

La veille de la Commission, une dizaine d’amendements rédigés et motivés parvinrent donc à l’ensemble des partis représentés au Parlement, les invitant à les soumettre au vote pour compléter la version du décret fourre-tout. Dans le paquet, bien entendu, un bel amendement revenant sur l’évaluation des unités d’enseignement! Soumis par les parlementaires Ecolo et PTB, celui-ci fut cependant balayé par un vote en bloc de la majorité, considérant le problème comme mineur et isolé. Les établissements n’ont qu’à respecter « l’esprit du décret » et l’interpréter de la manière la plus avantageuse aux étudiants. Certes, une belle théorie, mais chacun sait que le monde de l’enseignement supérieur est loin d’être si simple et que la liberté académique est le plus beau rempart contre « l’esprit » des textes.

A l’approche de la séance plénière où devait avoir lieu le vote du décret fourre-tout, la FEF revint encore à la charge! Contactant cette fois en priorité la majorité PS-CDH, la FEF revint encore sur le problème dénoncé, reprenant des exemples concrets, mettant en avant les conséquences néfastes du flou juridique maintenu dans le décret Paysage.

Lors de la séance plénière du 23 juin, la majorité refusa pourtant encore une fois de clarifier l’article 76 du décret. Et c’est avec un quorum de présence anémique que fut voté, sans triomphe ni gloire, le décret fourre-tout, certes avec quelques appels des étudiants qui furent entendus – comme le gel du minerval – mais avec surtout de belles œillères devant les bombes à retardement qu’il contient encore.

Aujourd’hui, nous sommes à une vingtaine de jours du début des secondes sessions. Pour la FEF, la résignation n’est pas encore à l’ordre du jour! Pugnaces et créatifs, tels sont les représentants étudiants de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui comptent bien encore revenir à la charge sur l’évaluation des unités d’enseignement et tout faire pour que les étudiant.e.s ne foncent pas dans le mur sans que rien ne soit fait pour abattre celui-ci. Car si le Cabinet Marcourt croit que les déclarations d’intention font loi, si les parlementaires de la majorité croient aveuglément les beaux discours de leur Ministre et appliquent solidairement la politique de l’autruche, peut-être que les directions d’établissement entendront-elles raison. Peut-être que la connaissance de la réalité des établissements et la mobilisation des étudiants au niveau local auront raison de leurs réticences à appliquer le décret Paysage non pas à la lettre, mais selon une logique pédagogique cohérente et utile à l’étudiant.

C’est non seulement un espoir que les étudiants de la FEF et de ses Conseils étudiants se sont fixés, mais c’est aussi et surtout un objectif que nous atteindrons!

Le « nous » ne vise pas les 10 membres de l’exécutif de la FEF, ni les 60 membres du Conseils Fédéral, ni les 200 membres des Conseils Etudiants affiliés. Ce « nous » implique chaque étudiant.e qui se trouve dans cette situation, celui ou celle qui a vu sa seconde session injustement surchargée et se demande comment il ou elle va réussir, mais surtout comment vaincre le découragement et la frustration de passer son été à étudier des matières non seulement déjà vues et revues, mais surtout des matières déjà réussies. Est-ce là ce que le Ministre a voulu mettre en place? Non sans doute. Est-ce ce que les parlementaires veulent pour les étudiants? Probablement pas non plus. Mais pourtant, la politique de l’autruche fait des ravages et il ne suffit pas de dire que tout ira bien pour que cela soit vraiment le cas.

Si toi aussi, tu es confronté au problème de l’évaluation des unités d’enseignement et des activités d’apprentissage qui ne sont pas valorisées même si réussies, contacte la FEF : contact@fef.be ou assistant@juriteam.be. Ainsi, tu nous alerteras de la situation dans ton établissement, tu nous permettras de nous lancer dans les discussions avec ta direction et tu permettras surtout aux autres étudiants, qui ne voient pas cet appel, de voir leur situation s’améliorer grâce à ta réactivité

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