Crise à la SNCB, quand un train peut en cacher un autre

Mercredi 9 décembre 2015. Les syndicats et la direction des chemins de fer se quittent après une réunion sur le protocole d’accord social 2016-2018[1] sans trouver de terrain d’entente. Après cet échec de « concertation » (la direction refusant de modifier les lignes de la proposition[2]), les syndicats usent de leur dernier recours en front commun: ils annoncent cinq jours de grève. Cinq jours, on n’a pas vu ça depuis 30 ans! Et patatras, ça tombe les 6, 7, 21, 22 et 23 janvier, en pleine période d’examens…

La première question qui se pose aux étudiant-e-s, que faire? Les représentant-e-s étudiant-e-s font leur possible afin que les impacts du conflit social soient le moins pénalisant pour les étudiant-e-s (absence à l’examen pour motif de grève reconnu comme légitime, déplacements d’horaire quand c’est possible et souhaitable, initiatives de solidarité pour amener les étudiants à leurs examens…).

L’autre question à se poser, pourquoi? Qu’y a-t-il de si dingue dans ce protocole d’accord social 2016-2018?

Ce protocole fait suite au plan de « mobilité » de la Ministre Galant, publié en juillet dernier. Dans ce plan, la Ministre parle de 3 milliards d’euros d’économies sur les 5 prochaines années. Un chiffre qui représente 20% du budget de la SNCB! 20% de moyens en moins pour fonctionner avec, en parallèle, la volonté de lui voir fournir un effort de 20% de productivité en plus. Le protocole doit alors trouver comment appliquer ces économies avec des chiffres tellement ahurissants qu’ils ne nous permettent pas de comprendre ce à quoi ressemblerait le rail demain si ces plans venaient à être appliqués…

Tout d’abord, le plus évident (et déjà établi dans d’autres pays[3]), ce sont des augmentations tarifaires. En novembre, la direction de la SNCB annonçait déjà une augmentation de plus de 3% des tarifs des carte campus pour les étudiant-e-s[4].

Ensuite, une réduction de personnel. Ce qui est prévu, notamment les accompagnateurs-trices de train (réduction de 20% du personnel accompagnateur et mise en place de trains sans accompagnateurs-trice). Du coup, moins de contrôle? Ou pas! Les contrôles continueront d’exister mais comme ceux que vous connaissez à la STIB et avec des amendes plus importantes. Mais, en réalité, sachez que le travail des accompagnateurs-trices ne se limite pas à contrôler les navetteurs! Ce sont les ambassadeurs-drices de la SNCB. Leur présence dans les trains offre une sécurité aux passagers-gères[5]. C’est aussi un service de qualité d’aide aux personnes, qu’elles soient à mobilité réduite, malvoyantes ou simplement perdues[6]…

Une augmentation des prestations horaires est aussi prévue pour le personnel. En effet, la direction vient d’imposer 1h30 de charge de travail non-rémunéré supplémentaire par semaine. De plus, aujourd’hui, il est possible (et souvent nécessaire) de travailler 2h supplémentaires sur une journée de travail de 8h. Le nouveau protocole passerait de 2h à 4h supplémentaires. Les cheminot-te-s pourront donc se retrouver à travailler jusqu’à 12h/jour! Alors qu’en moyenne, les cheminot-te-s travaillent déjà 40h/semaine (contre 36h normalement), toutes les heures supplémentaires doivent être récupérées en jours de repos mais ne le sont que trop rarement! Sachant que près de 85% du personnel de la SNCB est lié à la sécurité (dans les trains, dans les cabines d’aiguillages, etc.), cette mesure met en danger le personnel et les usagers.

Alors que la Belgique vient de signer les accords de la COP21, ne serait-il pas plus pertinent d’établir des projets dans le rail, d’élaborer une réflexion globale sur la mobilité et donner les moyens à la SNCB d’être une réelle actrice de la transition écologique? Alors que nous connaissons déjà des difficultés pour prendre le train (disparition de petites gares, suppression de guichets, retards, augmentations tarifaires…), comment pallier à ces problèmes en coupant drastiquement dans les budgets du service public de transports?

Le problème, au final, c’est de comprendre ce qui cause la grève de 5 jours des cheminot-te-s. Car si le plan de la Ministre Galant est appliqué, ne pas pouvoir prendre le train deviendra le quotidien de plus en plus d’étudiant-e-s et d’usager-e-s vu la réduction de l’offre et de la qualité du service et de la sécurité! Tout le monde a droit à un service public de transport fort, accessible, de qualité, en toute sécurité.

En attendant, pour se rendre aux examens les jours de grèves, des initiatives fleurissent pour aider les étudiants en difficultés. Soulignons celles des cheminot-te-s « Ma portière t’est ouverte«  qui propose des services de co-voiturage pour les étudiants les jours de grèves en janvier!

MISE À JOUR: Les syndicats informent les étudiants que la grève ne sera finalement maintenue que les 6 et 7 janvier 2016 afin de limiter l’impact sur les examens des étudiants. La FEF tient à saluer ce geste de la part des syndicats mais reste inquiète et attentive quant à l’avenir du service public de transports.

[1] Un « protocole d’accord sociale », c’est comme un nouveau contrat de travail sur lequel travailleurs et employeurs se mettent d’accord. Exemple : en 1996, après concertation, les horaires de travail sont descendus de 38h/semaine à 36h/semaine contre une diminution salariale.

[2] Le Soir, 17/12/2015 : SNCB : la direction adopte les mesures sociales en force.

[3] Au Royaume Uni, on peut noter une augmentation de 80% des tarifs sur ces 6 dernières années suite à la privatisation des chemins de fer.

[4] http://www.fef.be/2015/11/tarifs-sncb-et-la-mobilite-etudiante/

[5] En France, l’expérience des trains sans accompagnateur a fait augmenter les cas d’agressions et de viols.

[6] Il arrive que les accompagnateurs retrouvent des enfants fugueurs.

Print Friendly, PDF & Email