Psychomotricité : les acteurs témoignent #1

« Je me sens décomposée. Je suis en perte d’identité, suis-je toujours psychomotricienne ? » À 23 ans, Alice (nom d’emprunt), voit ses rêves et ambitions professionnelles « réduits en cendres ». Diplômée en juin 2015, la jeune femme avait des projets plein la tête, et de l’investissement à revendre. Aujourd’hui, elle se dit « déprimée », le moral n’est plus là. Il s’est envolé, « consumé par la décision arbitraire de Maggie De Block » de ne pas reconnaître la psychomotricité comme profession paramédicale, et son exercice comme légal.

A l’approche du procès relatif à l’action en référé menée par six étudiants en psychomotricité, action de justice soutenue par la Fédération des Étudiants Francophones (FEF) et l’Union Professionnelle Belge des Psychomotriciens Francophones (UPBPF), la FEF a décidé de donner la parole à des praticiens et futurs diplômés.

Bref rappel de la situation pour commencer.

En septembre 2012, plusieurs hautes écoles francophones lancent un baccalauréat en Psychomotricité, avec le feu vert de la Communauté française. En juin 2016, alors que sont délivrés les premiers diplômes à quelque 300 bacheliers, le Conseil national des professions paramédicales (CNPP) déclare que la psychomotricité ne peut être reconnue comme une profession paramédicale. Un avis partagé par la ministre de la Santé qui déclare l’exercice de la profession illégal, le 19 octobre dernier, contraignant dès lors des milliers d’étudiants et diplômés à reconsidérer leurs projets de vie, à braver l’incertitude de leur avenir professionnel. Mais quel avenir professionnel, au juste ?

Pour Alice, c’est le flou total, l’angoisse permanente. Pourtant, il y a à peine un an, son diplôme tout juste reçu, il ne lui a pas fallu beaucoup de temps pour trouver un emploi, dans un centre de réadaptation ambulatoire. « Quelle magnifique année de travail, durant laquelle je me sentais épanouie, prête à avancer dans ma vie d’adulte », explique Alice. Alors que la possibilité de voir son contrat d’un an être renouvelé, tout s’arrête d’un coup : « Mon employeur ne peut plus me réengager. Mon diplôme n’est plus reconnu. »

Le « désenchantement » s’installe, mais la jeune praticienne se relève et décide de se relancer dans un cursus paramédical. Toutefois, la motivation est difficile à retrouver, face à de nouvelles études qui ne ressemblent en rien à sa profession initiale. « Réussir ses études, ce n’est pas facile. Réussir des études qui ne vous mènent pas à exercer le métier dont vous rêvez, c’est encore plus difficile. »

Actuellement, des propositions de passerelles (vers des cursus en ergothérapie, kinésithérapie, sciences de la famille, …) sont soumises à l’ARES (l’Académie de Recherche et d’Enseignement Supérieur), mais rien de concret n’est encore possible. Et quand bien même : ces « solutions de rattrapage » ne permettront en rien de rendre légal l’exercice de la psychomotricité.

« Pourquoi faut-il que de jeunes adultes remplis de volonté d’exercer correctement leur métier paient les pots cassés d’une guerre communautaire entre requins politiciens ? », s’insurge Alice. La FEF soutient et partage cette déclaration : il est grand temps que les politiques cessent d’agir avec désinvolture dans ce dossier, et agissent de manière responsable.

La décision de ne pas reconnaître la profession de psychomotricien arrive trop tard ! Alice, comme des centaines d’autres professionnels, ont été diplômés depuis l’ouverture de cette section. Et environ un millier d’étudiants sont actuellement en cours de cursus. Il est inconcevable de leur permettre de faire des études qui ne leur assurent aucun diplôme valable. Alors qu’il promettait, en mars 2016, de ne pas laisser tomber les étudiants en psychomotricité, il est plus que temps pour le ministre de l’Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt, de prendre des mesures d’urgence.

La FEF et l’UPBPF rappellent leurs revendications :

  • L’autorisation de pratiquer pour tous les praticiens diplômés ;
  • La reprise des concertations pour un statut paramédical (travaux du CNPP) ;
  • Le maintien du bachelier paramédical en Psychomotricité (établi sur le modèle européen).

 

Cet article est le premier d’une série de témoignages. Face à la situation actuelle, la FEF, à côté de son rôle de représentation, veut aussi informer sur les conséquences des choix politiques qui ont été posés. Il est important pour nous de partager des expériences, des parcours de personnes – étudiants, professionnels, malades – qui sont aujourd’hui touchées par le manque de responsabilité dans la gestion de nos soins de santé. Vous trouverez donc dans les jours à venir, à la fois sur ce site et sur nos réseaux sociaux différents témoignages qui vous donneront un aperçu de la situation dramatique que nous dénonçons. N’hésitez pas à les partager !

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