Psychomotricité : les acteurs témoignent #2

« Je ne me sens pas reconnue. J’exerce une profession qui, apparemment, n’en est pas une. » Ces mots, ce sont ceux de Marie (nom d’emprunt), 38 ans, diplômée en psychomotricité depuis 2015. Des mots qui décrivent des sentiments, un état, une situation que des milliers d’autres étudiants, diplômés et praticiens partagent. Chaque jour, une incertitude qui grandit, des rêves qui s’éloignent, sachant que leur profession n’est pas reconnue, et son exercice illégal. C’est leur identité même qui est ici touchée, et remise en doute.

Dans la continuité de la série de témoignages que la FEF a décidé de publier, à l’approche du procès, nous vous partageons aujourd’hui celui de Marie. En 2015, dans la foulée de l’obtention de son diplôme, elle commence sa « carrière » de psychomotricienne. Avec précaution, elle utilise le mot « carrière » entre guillemets. Précaution… ou plutôt ironie ; on la perçoit dans le ton qu’elle emploie.

Depuis, les demandes se suivent : médecins, pédiatres, pédopsychiatres, centres PMS, enseignants, professionnels paramédicaux, parents et patients. « Ils sentent notre intérêt et importance, la demande est bel et bien là ! », déclare Marie. Et pourtant, les psychomotriciens se voient interdits de pratiquer.

Avant de poursuivre son témoignage, Marie précise : « Ah oui, j’ai oublié. En fait, je suis également diplômée en kinésithérapie depuis 2000 … » Une corde supplémentaire à son arc qui, d’aucuns le penseront, doit plus que certainement faciliter les choses pour elle. En effet, seuls les diplômes en kinésithérapie, ergothérapie, logopédie et autres professions reconnues comme étant « paramédicales » permettent « légalement » l’exercice de la psychomotricité. « Si on regarde uniquement l’aspect légal de la chose, c’est vrai que j’ai moins à m’inquiéter que d’autres quant à la légalité ou non de mes prises en charge », explique la praticienne ; selon la loi [1], l’exercice de la psychomotricité par un kinésithérapeute qui n’en a pas la formation est illégal. Avec ses deux formations, Marie est donc assurée de pouvoir exercer.

Mais elle n’en démord pas pour autant, et s’insurge : « Je me sens tout aussi attaquée dans mon identité de psychomotricienne ! Car non, être kiné ne veut pas dire être un bon professionnel de la prise en charge psychomotrice. La formation de celui-ci n’est pas aussi approfondie en termes de développement psychomoteur, corporel, émotionnel, relationnel, affectif, créatif, … Je vous le dis, pour l’avoir vécu et également entendu de la bouche de collègues. »  Pour Marie, tous les professionnels de la santé ont beau être « paramédicaux à la base », la psychomotricité n’en reste pas moins un métier à part entière, avec un tas de spécificités, et qui s’intègre dans des démarches pluridisciplinaires et paramédicales. Pourquoi donc faudrait-il une formation supplémentaire, alors ?

Outre le bouleversement identitaire, il est aujourd’hui difficile pour cette professionnelle de se lancer dans des projets de psychomotricité, des projets de groupes où la présence et l’investissement de plusieurs psychomotriciens est nécessaire. « Comment penser, élaborer, rêver sereinement des projets qui doivent se travailler à plusieurs pour être bien ficelés, guidés et cohérents ? » Les collègues de Marie sont effrayés d’exercer, peur d’être dans l’illégalité, de se mettre en danger. « Et qui les en blâmerait ? », avoue-t-elle.

Pour la FEF, il est grand temps que les politiques cessent d’agir avec désinvolture dans ce dossier, et agissent de manière responsable. La décision de ne pas reconnaître la profession de psychomotricien arrive trop tard ! Marie, comme des centaines d’autres professionnels, ont été diplômés depuis l’ouverture de cette section. Et environ un millier d’étudiants sont actuellement en cours de cursus. Il est inconcevable de leur permettre de faire des études qui ne leur assurent aucun diplôme valable.

La FEF et l’UPBPF rappellent leurs revendications :

  • L’autorisation de pratiquer pour tous les praticiens diplômés ;
  • La reprise des concertations pour un statut paramédical (travaux du CNPP) ;
  • Le maintien du bachelier paramédical en psychomotricité (établi sur le modèle européen).

 

[1] Arrêté royal n°78 du 10 novembre 1967 relatif à l’exercice des professions de soins de santé.

 

Cet article est le second d’une série de témoignages. Face à la situation actuelle, la FEF, à côté de son rôle de représentation, veut aussi informer sur les conséquences des choix politiques qui ont été posés. Il est important pour nous de partager des expériences, des parcours de personnes – étudiants, professionnels, malades – qui sont aujourd’hui touchées par le manque de responsabilité dans la gestion de nos soins de santé. Vous trouverez donc dans les jours à venir, à la fois sur ce site et sur nos réseaux sociaux différents témoignages qui vous donneront un aperçu de la situation dramatique que nous dénonçons. N’hésitez pas à les partager !

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