Le recours à la prostitution, symptôme d’une précarité étudiante grandissante en Fédération Wallonie-Bruxelles

Depuis ce lundi, des panneaux publicitaires encourageant les étudiantes à se prostituer pour arrondir leurs fins de mois ont fait leur apparition aux abords de différents campus. La Fédération des Etudiant·e·s Francophones dénonce fermement ces pratiques honteuses. Elle tient à rappeler que la problématique de la prostitution étudiante est le reflet de la précarisation croissante des étudiant·e·s et de l’absence de politique sociale répondant aux besoins de notre société.

En effet, de récentes études montrent que le nombre d’étudiant·e·s qui dépendent du CPAS, dernier filet de sécurité sociale, a été multiplié par 7 en seulement 15 ans, passant ainsi de 3.654 à 27.133 bénéficiaires. Parallèlement, les demandes pour les allocations d’études et aides sociales des établissements sont, d’année en année, plus nombreuses, alors que le nombre d’allocations octroyées a tendance à stagner. A titre d’exemple, en 2013-2014, 52.065 étudiant·e·s estimaient avoir besoin d’une bourse d’études mais seul·e·s 36.342 se la verront octroyée. Ces augmentations constantes démontrent bien la précarité vécue par de nombreux·ses étudiant·e·s, la même qui conduit certain·e·s à trouver de nouvelles sources de revenus pour survivre, telle la prostitution.

Ensuite, autre témoin d’une réelle détresse financière, le job étudiant est lui aussi en forte augmentation. L’étudiant·e se retrouve ainsi soumis·e à des pressions supplémentaires durant ses études et est parfois obligé·e d’accepter des boulots précaires pour arriver à boucler ses fins de mois.  C’est, notamment, à ce moment que la prostitution étudiante intervient. En effet, quand l’étudiant·e n’a pas suffisamment de revenus pour payer ses études – et les frais liés à celles-ci variant de 10.000 et 12.000€ par an -, deux choix s’offrent à iel : abandonner ses études ou travailler durant celles-ci afin de les payer. La prostitution comme job étudiant, malgré que le phénomène soit difficilement quantifiable et non suffisamment traité, semble être pour certain·e·s un des seuls moyens de poursuivre leur formation. La FEF le dénonce et appelle les acteur·rice·s en contact avec des étudiant·e·s à offrir des solutions à celleux-ci en diminuant le coût des études et en augmentant l’accès aux aides sociales.

Effectivement, aux yeux de la Fédération, la diminution des coûts des études est indispensable pour endiguer le phénomène de prostitution étudiante. Pour rappel, ces coûts concernent différents éléments, tels que le logement et les transports, qui atteignent des sommes de moins en moins abordables. De fait, il existe une difficulté à réguler le prix des logements privés, difficulté cumulée à un manque crucial d’investissements publics pour la création de nouveaux kots abordables pour tou·te·s. Les loyers ont donc tendance à augmenter et cela complique encore la situation de l’étudiant·e.

Un autre enjeu du coût des études est le minerval que doivent payer les étudiant·e·s. Celui-ci subit également des attaques de plus en plus fortes de la part des politiques qui laissent suggérer qu’il faudrait, à terme, l’augmenter pour tout·te·s.

Face à ces constats alarmants, la Fédération des Etudiant·e·s Francophones a lancé, en ce mois de septembre, une nouvelle campagne sur la précarité étudiante. Force est de constater que les étudiant·e·s ne sont pas assez informé·e·s sur leurs droits en matière d’aides sociales, et que celles-ci ne répondent pas aux besoins criants des étudiant·e·s.

C’est pourquoi la FEF demande des changements profonds dans les différents systèmes d’aides sociales mis en place aujourd’hui :

Premièrement, pour les allocations d’études, la Fédération revendique, entre autres, l’automatisation du droit à l’allocation d’études, l’augmentation de l’allocation moyenne par étudiant·e ainsi que l’augmentation de tous les plafonds de revenus pour permettre une plus grande accessibilité au système. Il est également urgent d’augmenter les budgets sociaux des établissements d’enseignement supérieur et de garantir qu’une proportion minimum acceptable de ceux-ci soit allouée à l’aide sociale pour les étudiant·e·s.

Deuxièmement, concernant les allocations familiales, la FEF revendique la possibilité pour l’étudiant·e de recevoir directement ses allocations familiales ainsi que l’abolition de la limite d’âge à 25 ans. En effet, celle-ci doit être remplacée par l’octroi des allocations familiales et ce, à partir du moment où iel est inscrit·e dans l’enseignement supérieur.

Troisièmement, un refinancement adéquat des CPAS ainsi que la suppression des pratiques de contractualisation de l’aide individuelle (PIIS) sont demandés. La suppression de la limite d’âge à 25 ans pour l’octroi de l’allocation d’insertion est également essentielle pour la FEF afin de combattre activement la précarité étudiante grandissante aujourd’hui en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Enfin, la FEF rappelle une nouvelle fois que ces demandes de réformes ne doivent pas cacher le véritable problème qui existe aujourd’hui dans notre enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles : le coût trop important des études. En effet, étudier est un droit et doit être accessible à toute personne qui le souhaite sans que celle-ci ne doive subir une situation précaire telle que le job étudiant ou encore la prostitution étudiante pour avoir accès à cet enseignement.

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