Réponse aux déclarations de la Ministre

Ce samedi 5 septembre 2020, la Ministre de l’enseignement supérieur, Valérie Glatigny déclare, dans un entretien avec La Libre, vouloir redéfinir la notion de réussite au sein du décret paysage (décret réglant l’organisation des études supérieures en Communauté française). Première piste avancée : « il faudra réussir plus de crédits en fin de première ». Ce n’est pas la première fois que la Ministre associe explicitement réussite et structure du parcours étudiant. Ainsi en novembre 2019, Valérie Glatigny confie au journal Le Soir : « Il s’agira, en concertation avec tous les acteurs, de restructurer le bloc pédagogique de façon à permettre à l’étudiant de bien savoir s’il est toujours sur une trajectoire de réussite ou sur une trajectoire d’échec ».

Pour la Fédération des Etudiant·e·s Francophones, c’est une fausse solution apportée à un vrai problème. En effet, les causes multiples de l’échec dans l’enseignement supérieur ne peuvent être réduite à « un parcours peu lisible en termes de réussite ». Penser ainsi, c’est ignorer l’influence des facteurs socio-économiques et culturels sur les chances de réussite des étudiant·e·s alors même que les données des établissements d’enseignement supérieur montrent un taux d’échec plus important chez les étudiant·e·s boursier·ère·s et que plusieurs études attestent d’un lien direct entre, notamment, le niveau de revenu familial et le taux de réussite. Il faut convenir que, par exemple, ne pas disposer de sa propre chambre pour étudier, devoir jobber pendant la semaine pour payer son matériel de cours, faire de longs déplacements entre son domicile et son école à cause du coût du logement… représentent de sérieux freins à la réussite. Mais l’aspect purement financier n’est pas seul en cause : une étude menée par Anne-Marie de Kerchove et Jean-Paul Lambert démontre la manière dont le diplôme de la mère d’un·e étudiant·e impacte ses chances de réussite. De fait, si la mère a un diplôme universitaire, son enfant aura 60% de chance de réussir sa première année dans le supérieur. Si son diplôme le plus élevé est celui du primaire, ce chiffre tombe à 18%.

Le fait d’imposer aux étudiant·e·s de première année de « réussir plus de crédits » n’aura aucun impact positif sur les inégalités sociales qui gangrènent notre enseignement. Pire, cette mesure pourrait faire lieu d’un véritable filtre social.

Pour réduire les inégalités entre étudiant·e·s de milieux socio-économiques différents, il est urgent d’investir massivement dans une aide à la réussite adaptée aux besoins des étudiant·e·s défavorisé·e·s, leur permettant d’acquérir plus rapidement les « codes » du supérieur, une aide à la réussite stimulante et valorisée. Celle-ci nécessite une politique de financement ambitieuse que le Gouvernement peine à développer malgré les signaux d’alertes envoyés par les acteur·rice·s de l’enseignement supérieur depuis de nombreuses années. 

L’enseignement supérieur est un service public au service de l’intérêt général, nous ne cesserons jamais de le rappeler. Dès lors, la seule réforme du décret « paysage » valable est celle qui ira dans le sens d’un enseignement public, gratuit, de qualité et accessible à tou·te·s.

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