Table ronde: arrêtons de tourner autour du pot!

Plus d’un mois après l’inauguration de la table ronde de l’Enseignement supérieur par le ministre Marcourt, la Fédération des Etudiants Francophones ne voit pas l’ombre d’une avancée. Les promesses faites aux étudiants, dans l’accord de gouvernement, semblent avoir été oubliées dans les discussions des groupes de travail. Cette situation permet d’émettre plusieurs hypothèses : a) Le Ministre Marcourt est en réalité le Gentil Organisateur de l’enseignement supérieur et il tente d’en animer les acteurs ; b) Le Ministre Marcourt tente de focaliser l’attention des acteurs sur certains points pendant que lui et son cabinet  peaufinent un décret-cadre dont le cadre n’a pas attendu la table ronde ; c) le Ministre Marcourt essaie de satisfaire les besoins de sentiment d’utilité de certains acteurs de l’enseignement supérieur, d) le Ministre Marcourt se constitue un répertoire de propositions émanant des acteurs et les emboîtera, tard le soir, dans sa chambre, telles des pièces de Lego.

Quelle que soit l’hypothèse retenue, tout cela ne rendra pas l’enseignement public, de qualité et gratuit…

En l’absence d’une réelle couverture médiatique, les différentes organisations et associations émettent des propositions que la FEF juge néfastes pour l’avenir de l’enseignement supérieur. Petit tour d’horizon des possibles « avancées »:

– « coupolons l’enseignement supérieur »

Rappelons qu’à l’époque des premières fusions, les différents acteurs avançaient l’idée de fusions par proximité géographique. Quelques années plus tard, la FEF constate avec étonnement que la géographie s’est coupelée à la théologie. De fusions géographiques, nous sommes passés à des fusions d’établissements du même réseau.

Lors de cette table ronde, les acteurs du secteur ont lancé une nouvelle idée : la création de coupoles, méga-fusions aux contours encore flous. Irait-on vers une autonomie des établissements mais avec une administration commune ? Ou serions-nous dans la même optique que les associaties en Flandre, regroupant université, ESA et HE ? La FEF craint que cette idée de coupole, avancée par plusieurs recteurs, ne soit utilisée qu’afin d’améliorer le ranking international des universités en question. Un ranking dont la pertinence scientifique et le manque d’intérêt pour les étudiants n’est plus à rappeler.

La FEF craint que la coupole soit le nouveau mot d’ordre des « pro-fusions ». Faire plus grand, toujours plus grand… Jusqu’à ce que le géant ne tienne plus sur ses pieds et s’écrase sur les étudiants déjà obligés de payer les pots cassés des fusions précédentes… Logement, transports en commun, alimentation, les frais augmentent rapidement pour un jeune qui étudie loin de sa famille. C’est pourquoi la FEF reste attachée à un enseignement de proximité. Valeur déjà grandement défendue par les étudiants alors que Lebrun était ministre de l’Enseignement supérieur.

Rappelons une information d’une importance capitale aux différents acteurs de ce secteur : ce qui fait la qualité d’un établissement pour un étudiant (prétendument mis au centre des préoccupations des acteurs !), c’est avant tout l’encadrement qui y est offert, l’infrastructure, les équipements et le professionnalisme du corps enseignant… Visons un enseignement de qualité et accessible à tous. Par la suite, la visibilité de l’établissement au niveau européen se fera d’elle-même.

– démanteler le concept d’année académique

Pourquoi l’étudiant devrait-il s’inscrire pour un cursus d’une année construite alors qu’on peut lui offrir la possibilité de découper l’année par modules ? Concassez un petit module d’étude, rajoutez-y un soupçon de crédit ECTS et vous voici avec un cursus incohérent qui fragilisera votre avenir professionnel ! Votre parcours sera tellement individualisé que les syndicats ne pourront plus vous défendre et vous serez condamné à reprendre un petit module à chaque crise économique pour essayer de retrouver un emploi.

Certes, cette option convient aux personnes désireuses de valoriser les acquis de leur expérience (VAE). Mais cette valorisation n’est envisageable que dans un modèle basé sur le concept d’année d’étude.

L’individualisation du parcours d’étude, comme chaque fois, servira les étudiants les plus forts – souvent issus des couches socio-économiques les plus avantagées. Ils se dessineront des parcours-types, exactement comme cela s’est passé lors des réformes dans l’enseignement secondaire. Sous prétexte d’individualisation, le démantèlement du concept d’année va aboutir à des parcours d’élite et des parcours « poubelle » dont l’issue ne fait malheureusement pas de doute pour une majorité d’étudiants.

 

– osons le financement par ECTS

 

« Au diable le financement par étudiant, osons le financement par ECTS ! » s’écrie-t-on du côté de Liège. Bien que la FEF soit d’accord avec le fait que le système actuel de financement par enveloppe fermée représente un vrai problème pour les institutions, il convient de faire attention à ne pas prendre le raccourci. Le problème, ici, vient bien de l’enveloppe fermée – tant par son contenu (trop faible) que par sa forme – et non du financement par étudiant. Le financement par ECTS n’est pas la bonne solution. On risque d’aboutir à un rallongement du temps des études et donc une augmentation du coût des études pour les étudiants, leurs parents et la collectivité. Cela banaliserait le travail étudiant – qui diminue les chances de réussite des étudiants – et met en concurrence les étudiants avec des travailleurs, particulièrement dans le cadre des emplois peu qualifiés.

Pour la Fédération des étudiants francophones, il convient de s’attaquer à la racine du problème qui est l’enveloppe fermée. Le financement par ECTS ne ferait que contourner le problème et ne serait pas dans l’intérêt de l’étudiant. Certaines propositions mettent l’étudiant réellement au centre des préoccupations. Il est indéniable que le taux d’échec et d’abandon en première année est collossal. Ces étudiants, à peine sortis du secondaire, ont besoin de davantage d’investissement humain et financier.

Un financement différencié ciblé sur les étudiants de première génération permettrait de diminuer le taux d’échec en première année ainsi que l’abandon des études supérieures. Le financement différencié selon le niveau socio-économique des étudiants est également nécessaire.

Outre le manque d’encadrement, l’échec et l’abandon sont aussi le résultat d’une mauvaise orientation de l’étudiant. La FEF plaide depuis des années pour un service public d’orientation qui centraliserait toutes les informations, parcours et offres de cours et permettrait à l’étudiant de choisir au mieux les études qu’il désire.

Rappelons enfin que le coût des études est une problématique essentielle pour la FEF, reprise dans l’accord de gouvernement mais visiblement encore trop peu débattue lors de cette table ronde.

Sans cette diminution du coût des études, trop d’étudiants seront encore émergeants au CPAS et/ou contraints de trouver un travail étudiant sous peine de devoir abandonner leurs études.

Pour toutes ces raisons, la FEF défend un enseignement public, de qualité et gratuit ! Mais pour obtenir un enseignement de qualité, le refinancement de l’enseignement est essentiel. Investir 7% du PIB dans l’enseignement dont 2% pour l’enseignement supérieur, c’est un passage obligé.

Osons enfin aborder les vrais problèmes !

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