Une rentrée académique sous pression : en 2026-2027, une année d’études coûte désormais entre 8 100 et 13 600 €
14/09/2026 -
Si la hausse du minerval a été tellement décriée, ce n’est pas seulement parce que la Ministre-Présidente Degryse était aveugle à la réalité de très nombreux étudiants des Hautes Écoles et ESA, où le minerval maximum passe pour certains de 175 € à 1 194 € en une année. Ce n’est pas seulement parce qu’il ne prend pas en compte les familles récemment séparées ou endeuillées. C’est aussi parce que la vague du minerval achève de noyer des étudiants pris à la gorge par le raz-de-marée de leurs frais d’études.
La Fédération des Étudiant·e·s Francophones (FEF) appelle la société à se préoccuper de l’avenir de sa jeunesse. Et appelle les étudiants à se faire entendre, en rejoignant largement la première manifestation étudiante de l’année, ce mercredi 16 septembre, à 11 heures à la Gare Centrale.
Le coût de la vie étudiante ne cesse d’augmenter
En cette rentrée académique, des milliers d’étudiants franchissent les portes de l’enseignement supérieur avec une question qui prend chaque année davantage de place : comment pourront-ils faire pour financer leurs études ?
La FEF a mis à jour l’évaluation des frais que doivent supporter les étudiants pour faire face à une année d’études.
| Coût estimés 2026-2027
(indice des prix à la consommation – août 2026) |
||
| Kotteurs | Navetteurs | |
| Minerval | Jusqu’à 1 194 € | Jusqu’à 1 194 € |
| Support de cours | 702,07 € | 702,07 € |
| Équipement | ||
| · Petit matériel (bics, fardes, surligneurs, blocs de feuilles, post-it, latte,…) | 178,24 € | 178,24 € |
| · Ordinateur (cout étalé sur 5 ans) et licence logicielle | 186,70 € | 186,70 € |
| · Connexion internet | 131,79 € | 131,79 € |
| Transport | 219,65 € | 274,56 € |
| Logement | ||
| · Loyer (12 mois) | 4 557,75 € | – |
| · Charges annuelles (eau, électricité, chauffage) | 969,46 € | – |
| Alimentation | 3 975,10 € | 3 975,10 € |
| Santé | 274,56 € | 274,56 € |
| Vie sociale, sport, culture | 749,01 € | 749,01 € |
| Habillement | 406,35 € | 406,35 € |
| Stage éventuel | 148,68 € | 148,68 € |
| TOTAL | 12 350,50 € + minerval | 6 878,38 + minerval |
| Pour une année avec stage | 12 499,36 € + minerval | 7 027,06 + minerval |
Ce tableau[i] illustre une réalité préoccupante : alors que les coûts d’études hors minerval sont déjà en tant que tels exorbitants, pouvant atteindre 6 900 € pour les navetteurs ou 12 400 € pour les kotteurs, s’y ajoute désormais la hausse du minerval maximal (tout particulièrement forte pour les étudiants en Hautes Écoles et ESA), harmonisé pour le tarif plein à 1 194 € par le gouvernement Degryse[ii].
Soit, pour 58% des étudiants, un coût annuel moyen d’entre 8 100€ (navetteurs) et 13 600€ (kotteurs).
Une rentrée faite de calculs plutôt que de projets
La rentrée académique devrait être synonyme de découvertes, de projets et d’avenir. Pourtant, pour un nombre toujours plus important d’étudiants, elle commence par des calculs. Comment payer le logement ? Combien coûteront les transports ? Que faire pour compresser les frais d’achat de tous les supports de cours nécessaires ? Comment assumer les dépenses quotidiennes ? Sur quel poste de nourriture faudra-t-il rogner pour terminer le mois ? Faudra-t-il travailler davantage pour simplement pouvoir rester inscrit ?
Travailler pour étudier, au risque de ne plus pouvoir étudier
Le job étudiant est devenu une réalité écrasante. En quelques années, le nombre d’étudiants jobistes est passé de 55 000 à 102 000, tandis que la proportion d’étudiants travaillant durant l’année académique a presque doublé, passant de 22 % à 42 %.[iii] Mais travailler pour pouvoir étudier n’est pas sans conséquence. Concilier cours, travaux, examens et emploi devient un véritable exercice d’équilibriste. Plus les étudiants doivent travailler pour financer leurs études, moins ils disposent de temps pour assister aux cours, étudier et réussir. C’est scientifiquement prouvé : le travail alimentaire étudiant réduit le taux de réussite et allonge les parcours d’études[iv].
Cette réalité doit également être mise en perspective avec les politiques qui encadrent aujourd’hui les parcours académiques. Les étudiants sont soumis à une pression croissante pour réussir et progresser dans leur cursus rapidement afin de ne pas devenir non-finançables, alors même que leurs conditions matérielles les poussent à consacrer toujours plus de temps à travailler.
« On demande aux étudiant·e·s de davantage travailler pour pouvoir étudier, puis on leur reproche de ne pas réussir assez vite. On augmente le coût des études tout en durcissant les parcours. Ce gouvernement prend la jeunesse en étau entre des injonctions contradictoires ! » déplore Lenaïk Dumont, Présidente de la Fédération des Étudiant·e·s Francophones.
La jeunesse refuse d’être sacrifiée
Ces deux dernières années, les étudiants ont été confrontés à une succession de décisions, qu’ils ont vécues comme un profond mépris pour leurs réalités. Le décret Paysage et le durcissement des règles de finançabilité ont déjà exclu des milliers d’étudiants précaires, tandis qu’aujourd’hui, on leur demande encore de payer davantage pour renflouer les finances publiques. À quand des politiques qui prennent enfin au sérieux les conditions dans lesquelles les étudiants vivent, étudient et construisent leur avenir ? À quand des politiques qui se préoccupent enfin de l’avenir de sa jeunesse, qui la soutiennent, qui lui proposent des perspectives ?
La Fédération des Étudiant·e·s Francophones refuse que la précarité devienne une condition normale de la vie étudiante.
« Cette rentrée académique doit être l’occasion de poser une question fondamentale : quelle place notre société souhaite-t-elle réellement accorder à sa jeunesse ? » déclare la FEF.
Parce qu’une rentrée académique ne devrait jamais commencer par la peur de ne pas pouvoir la terminer, la Fédération des Étudiant·e·s Francophones appelle à faire de l’accessibilité financière de l’enseignement supérieur une priorité politique.
[i] Cette évaluation des frais annuels d’études a été réalisée en 2024 par quatre associations dont la FEF, en se basant principalement sur des études commanditées par le gouvernement auprès de bureaux d’études ou d’instituts de recherche (BDO-SONECOM, CERPE). La FEF l’a actualisée à l’indice des prix à la consommation d’août 2026. Plus de détails méthodologiques :
Ligue des Familles, Fédération des étudiant·e·s francophones, Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, & Forum Bruxelles contre les inégalités. (2023, octobre). Vers une réforme souhaitable des allocations d’études : Évaluation associative du coût des études sur base de la méthodologie proposée par le CERPE. https://liguedesfamilles.be/storage/28391/20231003-Etude-allocations-etudes.pdf(opens in new tab)
[ii] Selon le cabinet Degryse, si tous les étudiants qui y sont éligibles font une demande de réduction de minerval, 58% des étudiants paieront 1194€, 10% paieront 835€, 10% paieront 374€ et 22% sont éligibles au statut de boursiers.
[iii] Chiffres ONSS via P. Defeyt, 2024. – Inès Think Thank
[iv] Wolff, F.-C. (2017). Activité rémunérée et temps consacré aux études supérieures. HAL. https://shs.hal.science/halshs-01649453/file/LEMNA-DT2017-16.pdf(opens in new tab)